Blocage gouvernemental : Acte I et Acte II

Blocage gouvernemental : Acte I et Acte II
mars 10 2017 - 13:42
Abdennabi Aboulaarab
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Cinq mois après le passage aux urnes, la situation politique au Maroc semble n’avoir avancé d’aucun iota. Les partis politiques candidats à la formation d’une majorité font du surplace et semblent incapables de s’entendre pour former un gouvernement.

Cette situation peut sembler normale dans un jeu démocratique. Les observateurs en veulent pour exemple ce qui s’est produit en Espagne durant l’année 2016 où ce pays est resté dix mois sans gouvernement : un record !

Toutefois, au Maroc, un tel atermoiement est exceptionnel, et semble traduire une évolution profonde du champ politique national ; si avant les gouvernements se formaient dans le secret des hautes sphères du pouvoir, aujourd’hui c’est devant les médias et en prenant le peuple à témoin que les différents acteurs abattent leurs cartes et mènent leur négociations. C’est dire que le jeu n’est plus maitrisé à 100% par ceux qui avaient la mainmise sur l’échiquier politique.

Mais considérons ce blocage dans sa vraie nature : qu’en est-il réellement ? Et quelles sont les véritables raisons de ce blocage interminable ?

A y voir de plus près, ce gouvernement semble impossible à former pour une raison simple mais surprenante : non pas que le chef du gouvernement ne dispose pas d’une majorité, mais que l’on veut lui en imposer une de trop ! Avec un point focal sur la participation ou non de l’USFP au prochain gouvernement.

En effet, cet imbroglio extraordinaire révèle des rebondissements politiques inouïes sur la seine partisane marocaine : le blocage persiste parce que le RNI, allié incontournable du PJD, insiste à entrer au gouvernement au sein d’un bloc de quatre partis politiques, dont l’USFP, à qui le chef du gouvernement refuse de donner un ticket !

Mais alors pourquoi Benkirane refuserait de constituer son gouvernement alors qu’on lui propose une large majorité, constituée de six partis politiques, dont deux qui ne faisaient pas partie de l’ancienne majorité gouvernementale (USFP et UC), et qui font pour cette fois du forcing pour y entrer !  

Mais c’est justement là le problème ! Car en effet, quel chef de gouvernement au monde refuserait de disposer d’une majorité la plus large possible qui lui permettra de mener sa politique sans regarder la calculette des votes au parlement ?

En réalité, il n’est de secret pour personne que cet empressement en groupe organisé devant la porte du gouvernement n’est pas sans fourberie. Il traduit une manouvre dont le but véritable est de faire mainmise sur le nouvel exécutif du royaume en le vidant de sa logique politique et électorale, et en y installant un gouvernement bis avec son propre agenda politique.

Evidemment, le PJD refuse une telle perversion et est décidé à défendre l’authenticité des institutions et des mandats, quitte à ce que ce gouvernement ne soit pas ! Et pour solution d’équilibre, il propose de reconduire l’ancienne équipe gouvernementale, qui disposerait d’une majorité au parlement, en sus du soutien de l’Istiqlal dont le conseil national a pris la décision de soutenir le gouvernement Benkirane que l’Istiqlal y participe ou non.

En effet, il fut un temps où la participation de l’Istiqlal était acquise, mais c’était sans compter avec le niet du RNI, qui a refusé catégoriquement de siéger avec l’Istiqlal au sein d’un même gouvernement ! Cet épisode nous renvoie à l’Acte I du feuilleton de ce blocage, où la formation du gouvernement buttait sur le désaccord entre le RNI et le PJD autour de l’intégration ou non de l’Istiqlal au sein du gouvernement. Finalement, par un concours d’évènements malheureux, Benkirane accepte d’exclure l’Istiqlal, en décidant de reconduire son ancienne équipe gouvernementale.

Mais c’était sans compter encore cette fois avec l’Acte II du plan qui se concoctait pour ce nouvel exécutif par ceux qui semblent tirer les ficelles des négociations. Désormais, on exige à force de communiqués communs à ce que quatre partis politiques participent en un seul bloc au gouvernement, dont le nouveau maitre du RNI a été imposé en parrain providentiel, et qui ne se gêne pas d’empiéter sur les prérogatives du chef de gouvernement, tant il veut décider de qui doit et de qui ne doit pas faire partie du futur exécutif.

C’est ce bras de fer qui est désormais engagé et qui semble sans issue, entre d’une part un chef de gouvernement qui défend son droit constitutionnel à former l’équipe qu’il juge homogène et en mesure de mener la politique dont il sera redevable, et d’autre part, un groupe de partis politiques, organisés pour la circonstance sur la seule volonté de diminuer l’institution du chef de gouvernement, principal apport de la constitution de 2011 sur les pas d’une démocratie parlementaire.  

Au final, la véritable leçon à tirer de ce blocage est que désormais au sein du champ politique marocain se profile des acteurs politiques qui revendiquent une véritable autonomie de décision, mais que cette autonomie en devient gênante et insupportable pour quelques-uns. Faut-il alors laisser continuer les schèmes qui ont longtemps structuré la vie partisane au Maroc, autour de partis peuplés de notables, qui sont un prolongement de l’administration et de simples structures annexes, dont le rôle se limite à fournir un semblant de jeux démocratique, au grès des rabattements de cartes au lendemain de chaque messe électorale ?

La réponse à apporter est claire, mais elle exige courage et abnégation pour la nation, deux grandes valeurs qui manquent tant à notre échiquier politique.

 

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