Lahcen Daoudi : «Nous ne ferons jamais alliance avec les Escobar»

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Lahcen Daoudi : «Nous ne ferons jamais alliance avec les Escobar»

*  Campagne électorale, coalition des huit, Immarat Al Mouminine, avortement, corruption, enseignement, santé, Loi de Finances, fiscalité …
*  Lahcen Daoudi, membre dirigeant du Parti de la Justice et Développement, fidèle à lui-même, met toute la lumière sur les appréhensions vis-à-vis de son parti.

Finances News Hebdo : À chaque élection, on a l’impression que le Parti Justice et Développement est brandi en épouvantail. Est-ce une réalité fondée ou juste une impression ? Et pourquoi à chaque fois qu’il y a une initiative politique, vous sentez-vous visé ?
Lahcen Daoudi : Ce n’est pas une impression. Nous ne nous sentons 
pas visés puisque nous le sommes vraiment ! Surtout quand cela devient récurrent. Le PJD est visé parce qu’il est visible et présent. 
Il est sollicité par les uns, mais craint par d’autres. Et cette crainte, qui n’est pas uniquement relative au PJD, mais aussi à d’autres partis qui l’ont précédé, montre tout simplement qu’il y a des résistances aux changements Et ces résistances sont des verrous rouillés qu’il faut faire sauter pour ouvrir de nouveaux horizons. Le PJD est très sollicité, c’est ce qui fait aussi qu’il est craint.

F. N. H. : Mais pourquoi vous et pas un autre parti ?
L. D. : Parce que nous sommes une force de changement. J’insiste : nous ne sommes pas une force conservatrice, mais de changement ! 
Le PJD a un réel projet de justice sociale, d’un enseignement fiable et d’une santé digne de ce nom, d’une fiscalité responsable et solidaire … Nous avons également un projet fiscal qui va déranger certains, mais nous aurions aimé que ces personnes fassent preuve de solidarité envers le peuple marocain et fassent comme les riches américains ou français qui ont demandé à être taxés en ce contexte de crise.
Nous ne souhaitons pas tuer les riches, mais il serait bien aussi de rendre la pareille à ce pays qui leur a tant donné pour préserver la stabilité dont ils se sont nourris. 

F. N. H. : Indépendamment du volet économique et fiscal, n’y a-t-il pas d’appréhension d’ordre idéologique vis-à-vis de votre parti ? Récemment, un de vos hauts responsables a déclaré que le PJD ne se substitue pas à Immarat Al Mouminine; mais ces garanties ne risquent-elles pas de changer si jamais vous accédez au pouvoir ? 
L. D. : Je pense que le PJD est le premier parti à être monté au créneau pour défendre Immarat Al Mouminine. D’ailleurs, nous avions clairement dit que nous ne voulions pas d’un roi à l’Espagnole. Et nous n’avons jamais lutté pour la laïcisation, notamment à la turque, sachant que nous en serions les premiers bénéficiaires. Mais nous pensons que le Maroc passe avant le PJD; nous pensons que pour la stabilité du Maroc, le champ religieux ne doit pas être géré par les partis politiques. 
J’ai été d’ailleurs auditionné au Parlement européen concernant cette question et j’ai insisté sur le fait qu’on ne peut pas y aller par quatre chemins : soit la laïcité, soit Immarat Al Mouminine. Nous, nous avons fait notre choix. Mais il y a ceux qui défendent à la fois la laïcité et Immarat Al Mouminine, et ils trompent ainsi le peuple marocain en créant la confusion et en mélangeant deux concepts incompatibles ! Et après, c’est nous qu’on traite d’ambigus.
Pour la question des femmes, et là c’est un autre point avec lequel «on» cultive la peur à notre sujet, je voudrais dire que quand on veut capter 10 millions de touristes, vous pensez bien qu’on ne va pas leur imposer le voile. Alors, arrêtons de dire n’importe quoi ! Le Maroc a choisi d’être un pays ouvert et ce n’est certainement pas le PJD qui doit imposer ses choix. Dans l’histoire du Maroc, depuis les Phéniciens, le pays a été à la croisée des civilisations. Si demain on annonce que le Maroc va se refermer sur lui, tous les citoyens iront ailleurs ! C’est insensé, mais c’est un argument qu’on nous sort pour inciter les femmes à ne pas voter pour le PJD ! 
Quand un parti vient aux commandes, il s’installe dans la continuité. Le PJD ne cherche pas à faire un coup d’Etat, à changer de régime, encore moins à supprimer le Parlement. Alors, de quoi a-t-on 
peur ? Nous avons donné assez de garanties en déclarant que nous ne voulons ni le champ religieux ni l’armée. Alors de quoi nous accuse-t-on ? Il s’agit d’arguments dressés contre nous à destination des esprits faibles, afin qu’ils ne votent pas pour nous. Nos adversaires sortent une artillerie, mais elle est inoffensive.

F. N. H. : Où se situe aujourd’hui le PJD en tant que parti, en tant que courant… Vous êtes social-démocrate, populaire ou conservateur ? 
L. D. : Napoléon disait : «Là où je m’assois est la place du chef, peut importe où il est». Qu’on le veuille ou non, en 2007, le PJD était premier et l’on nous a enlevé des sièges; mais nous sommes restés premiers en terme de nombre de voix. C’est une réalité qui est toujours d’actualité au Maroc. Preuve en est que les bureaux de vote qu’on surveillait affichaient des scores de 30 % ( Tanger, Tétouan…) des voix en notre faveur. Ce taux chutait dans les bureaux où nous n’avions pas d’observateurs. Aucun parti n’a les moyens de surveiller 40.000 bureaux de vote ! Par ailleurs, nous avons toujours demandé que les bulletins de vote soient conservés, or on les brûle !
Mais ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est qu’on ne peut pas se dresser éternellement contre la volonté d’un peuple. 

F. N. H. : Sa majesté le Roi Mohammed VI a bien donné ses instructions en appelant à une transparence totale…
L. D. : Le Roi trace les grandes orientations, mais sur le terrain, il y a beaucoup de choses qui ne changent pas.
L’usage de l’argent est toujours aussi catastrophique. Certains partis ont d’ores et déjà entamé leur campagne électorale et l’Administration ne réagit pas pour les rappeler à l’ordre ! 
Ce qu’on ne semble pas bien comprendre, c’est que le défi n’est pas l’échéance du 25 novembre, mais le lendemain des élections. Nous sommes dans un contexte de mondialisation de la révolte et nous sommes tous sur le même bateau !

F. N. H. : En Egypte ou en Tunisie, les personnes ayant mené à la situation actuelle, post-révolution, ont été interdites de se présenter aux élections. Un tel méssage n’est semble-t-il pas perçu au Maroc…  

L. D. : Ici, personne n’est responsable et tout le monde l’est à la fois ! Est-ce qu’un gouvernement a déjà donné un quitus au Maroc ? Est-ce qu’un ministre a déjà été poursuivi en justice ? Tout est beau, rien ne se passe dans ce pays, mais ça bouillonne en bas. Il ne faut pas confondre calme et stabilité.  

F. N. H. : Quelle lecture faites-vous de la coalition annoncée récemment entre huit partis politiques, avec comme chefs de file le RNI et le PAM ? 
L. D. : C’est une photo qu’on voit passer sous ses yeux sans lendemain sur le terrain. Certains députés du MP sont venus nous dire qu’ils n’étaient même pas au courant de ce qui se passait avant d’apprendre la nouvelle de la coalition comme tout citoyen lambda. 

F. N. H. : Mais la coalition a annoncé qu’elle va présenter son programme, donc ça progresse…
L. D. : Les chefs vont présenter leur programme, mais les bases vont suivre par la force. C’est ça le malheur ! Faire une alliance est une décision qui doit être prise démocratiquement au sein des structures d’un parti. 

F. N. H. : On dit aussi que cette coalition s’est formée pour vous barrer la route …
L. D. : Pousser des partis, qui n’en sont pas réellement, à s’unir pour dire qu’il faut s’unir contre le PJD est un faux message pour la rue marocaine. À mon avis, la logique du parti dominant est toujours là. On a changé de fusil d’épaule et au lieu que ce soit le PAM qui tire, maintenant c’est Mezouar qui est porté au front. 

F. N. H. : En évoquant la rue, qu’allez-vous nous proposer pour calmer ce bouillonnement ?
L. D. : Je pense que le PJD était le premier parti à avoir demandé l’organisation d’élections anticipées au lendemain de la formation de l’actuel gouvernement. Nous avions prédit qu’il n’arriverait pas au bout de son mandat. Le vent arabe y est pour quelque chose, certes, mais si le gouvernement avait été assez solide et avait bien travaillé, il n’y aurait pas eu besoin d’élections anticipées. 
En ce qui nous concerne, si demain nous étions portés à la tête du gouvernement, notre premier défi serait de lutter contre la corruption. C’est une gangrène qui mine le pays. Mais, pour cela, il faut donner l’exemple en servant sans se servir. Il faut également punir les gros poissons qui mangent les petits. 
Le deuxième point essentiel et prioritaire est la formation de qualité ! Malheureusement, dans l’état actuel des choses, le pouvoir d’achat des familles est laminé par la scolarisation des enfants dans le secteur privé. C’est une honte que d’avoir comme premier poste de dépense la scolarité. C’est une défaillance du pays que de ne pas avoir un enseignement public de qualité. Et c’est dramatique parce que les gens aisés peuvent donner à leurs enfants une bonne formation dans le privé, tandis que les gens modestes vont subir l’existant. 
La qualité de l’enseignement affecte indirectement le pouvoir d’achat et la consommation des ménages, ce qui se répercute sur la croissance. 
Donc, pour relancer la demande intérieure, il faut alléger la charge dédiée à la formation en améliorant la qualité de l’enseignement public.
La formation doit être couplée à la valorisation du travail manuel du Marocain. Aujourd’hui, nous avons des schémas où l’on valorise l’avoir au détriment du savoir. Le modèle de réussite est celui d’une personne qui gagne de l’argent en gardant les mains dans les poches, ou encore qui a la plus belle maison et la plus belle voiture. Nous sommes en train de vivre la mode des années 20 en France qu’on appelait les années folles. La mode y était de posséder une belle bagnole et une grande villa. 
Et c’est à nous autres responsables de donner l’exemple. Pourquoi un ministre se sent-il obligé de venir au Parlement dans une voiture de luxe, alors que dans les pays scandinaves les membres du gouvernement se déplacent à vélo ? Je prends le tramway et je suis attristé de le voir vide, alors qu’il a coûté de gros investissements. On ne peut pas progresser sans un changement de la mentalité marocaine. 
Un ancien diplomate au Maroc me disait : «En Chine, celui qui ne travaille pas ne trouve pas de quoi manger. Les Marocains sont trop gâtés. Qu’attendez-vous ?».

F. N. H. : Vous avez un discours qui est rassurant sur plusieurs points. Pensez-vous que l’appréhension puisse émaner d’un déficit de communication à l’égard de l’élite de ce pays ?
L. D. : Pourquoi sommes-nous le premier parti au Maroc ? Ce n’est pas le petit peuple qui vote pour nous ! À Rabat, nous avons été élus à Hay Riad, Agdal, Hassan… Au contraire, là où il y a 
une élite qui vote en connaissance de cause, nous arrivions en tête. Je ne veux pas dire que tous les pauvres sont corrompus, mais allez voir les partis qui corrompent : où est-ce qu’ils gagnent ? Dans les quartiers populaires et périphériques. Ils se nourrissent de la misère; voilà pourquoi ils ne veulent pas que la pauvreté disparaisse parce que c’est leur capital électoral !

F. N. H. : Si demain vous êtes appelé à gouverner, le parti dispose-t-il des compétences et profils, à cet effet ? Et pensez-vous faire des alliances avec d’autres partis ? 
L. D. : C’est sûr que jamais nous ne ferons alliance avec les Escobar ! Le peuple juge et s’il se rend compte que nous courrons derrière les postes ministériels au détriment de nos principes, le PJD n’aura plus aucun avenir. C’est pourquoi nous devons garder la tête sur les épaules et ne pas faire un seul pas avec les Escobar. Sinon, c’est le désespoir qui va remonter en surface et c’est la porte grande ouverte à l’extrémisme. Il ne faut pas oublier que le PJD est une digue qu’il ne faut pas casser ! 
Pour ce qui est des compétences, nous n’allons pas faire du parachutage. Nous avions envoyé, avant 2007, une requête au Roi dans laquelle nous l’informions que les partis politiques sont en train de casser l’administration publique en la politisant. À chaque fois qu’un homme politique parachute les siens dans l’administration, il démobilise l’administration. Or, cette administration est la colonne vertébrale du pays qu’il faut préserver du politique et revaloriser. 

F. N. H. : L’argent étant le nerf de la guerre politique, où allez-vous puiser les moyens de vos ambitions ? 
L. D. : Je lance un appel de cœur aux riches du Maroc : le pays a besoin d’eux dans ce contexte de crise. Il ne s’agit pas de les rendre pauvres. Il faut tout autant préserver l’outil de production. 
Le deuxième principe fondamental est de préserver le pouvoir d’achat de la couche moyenne et de la couche déshéritée. Si on ne les avantage pas, il ne faut pas les toucher. Mais, il faut bien financer le Maroc ! Et cela passe par deux moyens : augmenter les recettes de l’Etat et augmenter l’épargne. Comme je le disais, on ne veut pas appauvrir les riches parce qu’on a besoin d’eux et de leur épargne. Alors, pourquoi ne pas augmenter les impôts sur les produits de luxe et l’ostentatoire, sachant que ce sont souvent des produits importés. Si les riches continuent de les consommer, on augmente les recettes, et s’ils s’abstiennent, cet argent alimentera l’épargne nationale.

F. N. H. : Quelles sont les autres niches fiscales que vous ciblez ? 
L. D. : L’un des gros créneaux est le non-bâti ! À l’intérieur de Casablanca, il y a beaucoup de terrains qui ne sont pas exploités à cause de la spéculation. Or, la ville souffre du manque de terrain parce que les gens attendent que les prix augmentent encore et encore.
Idem pour les logements vacants au Maroc : on en recense 800.000 et paradoxalement on traîne un déficit de l’ordre de 700.000 logements. Et cette situation est également provoquée par la spéculation. Alors, quand ces gens se font une plus-value facile, il est normal d’imposer les terrains et les logements vacants. Si l’on taxe 5.000 DH l’appartement à l’année, ça nous fait une manne de 4 milliards de DH. On fait ainsi d’une pierre deux coups, puisque cette imposition va les inciter à vendre. Et quand l’offre augmente sur le marché, les prix baissent et reviennent à des niveaux conformes au pouvoir d’achat du Marocain.

F. N. H. : Qu’en est-il des mesures intelligentes qui préservent le pouvoir d’achat du citoyen moyen ? 
L. D. : J’y arrive ! Vous savez que la TVA est de 10 % pour la consommation d’alcool dans un hôtel, tandis qu’elle est de 14 % pour le thé. Vous trouvez cela normal ? Il y a tellement de niches, mais il faut une fiscalité productive, incitative et un outil de promotion. Pour l’agriculture, j’ai fait une proposition qui n’a pas encore été validée par le parti : celle d’exonérer les petits et moyens producteurs qui réalisent jusqu’à 500.000 DH. Mais, avec le problème de l’héritage, se pose le problème du morcellement. L’idée est de pousser les agriculteurs vers la création d’entreprise ; donc, au lieu de diviser le terrain, ils auront des actions. Et l’IS agricole doit être très bas (15%) pour encourager à créer ces sociétés dans le secteur agricole. A côté, il faut fixer un IR avec un abattement de 80 % pour ne pas décourager les gens.

F. N. H. : Que prévoyez-vous pour les entreprises d’une manière générale ? 
L. D. : Les sociétés sont les partenaires des partis, du gouvernement et du pays en général. Ce ne sont pas nos adversaires. Aujourd’hui, la TPE qui réalise jusqu’à 3 MDH est imposée à 15 %. Nous proposons que le plafond soit élevé à 5 MDH. Et de 5 à 20 MDH, on passe à une imposition de 20%. Vous savez, la fiscalité est une pédagogie de changement progressif et ne doit pas être une incitation à la fraude et à l’évasion fiscales. Quelqu’un avait dit : «j’aime payer l’impôt parce que je m’en paye la civilisation». C’est cette culture de la fiscalité que nous défendons. 
Et puis, nous avons inversé la tendance. Auparavant, c’était du poujadisme : on partait du centre vers le local. Actuellement, le développement part du local vers le centre. Et là encore, les niches fiscales sont légion. Particulièrement pour les surfaces de plus de 400m2. Pourquoi appliquer la même exonération à tous ? Ceux qui ont les moyens peuvent payer avec une exonération de 25 % seulement. En cela, la Direction des impôts doit réactualiser ses fichiers parce qu’il y a de l’argent à prendre. 
Le pétrole du Maroc, ce sont ses idées. ■
 

Loi de Finances 2012 : «C’est un complot»
«C’est un complot contre le prochain gouvernement et c’est honteux ! La loi ne va pas être discutée, je vous l’assure. Donc le gouvernement n’aura pas d’outil de travail, ne serait-ce que pour le fonctionnement. Et jusqu’au 25 novembre, le pays sera pris dans les élections. S’ensuivra au minimum un mois de tractations avant la formation du futur gouvernement, vers fin décembre. Il faudra encore compter 10 à 15 jours pour préparer la déclaration devant le Parlement, soit la mi-janvier.
Il faut au moins deux mois pour que ce gouvernement se mette d’accord sur tous les volets de son programme, soit le mois de mars.
Durant la même période démarreront les élections locales et régionales, ce qui rendra difficile, voire impossible de discuter la LF.
On risque donc de naviguer jusqu’au mois de juin sans Loi de Finances ! Je crains que ce ne soit une année blanche pour le prochain gouvernement» !


Tourisme : «Développons l’économie résidentielle»
Dans le programme du PJD de 2002, nous avions proposé de capter un million de résidents étrangers au Maroc, dans le cadre de l’économie résidentielle. La cible était les maisons de retraite, les personnes nécessitant une assistance médicale… L’Europe recenserait 500.000 personnes dépendantes d’assistance.
Cet objectif est toujours d’actualité, surtout que le Maroc dispose de la proximité géographique, culturelle, de ressources humaines et d’atouts naturels. Mais pour concrétiser cet objectif, il faut créer des espaces dédiés. Chose que des pays similaires comme la Tunisie et la Turquie ont déjà commencé à faire. Si nous avons un million de retraités étrangers au Maroc qui dépensent 
2.000 euros par mois, cela nous ferait une manne de 24 milliards d’euros par an. Ce sera cela notre pétrole !».


L’avortement : «Oui, mais à condition»
«L’Islam prévoit l’avortement dans des cas précis. Mais on ne peut pas cautionner l’avortement à la Française ou à l’Espagnole. Après, nous prônons la démocratie et donc c’est à la population de se prononcer sur certains de ces sujets par référendum. Le PJD n’impose rien aux Marocains, ils ont le libre-arbitre. S’ils votent majoritairement pour la légalisation de l’avortement, nous ne pourrions pas nous mettre au travers de la volonté populaire; sinon, nous ne serions pas démocrates. 
Par contre, il ne faut pas non plus que la minorité impose certains choix à la majorité ! 
Notre vision, c’est la maman en danger, parce qu’il faut sauvegarder la vie humaine. 
Par ailleurs, il faut distinguer entre les principes et les circonstances. Rappelons que le Khalife Omar Ben El Khattab avait suspendu l’application de la charia, notamment de couper la main d’un voleur en période de disette.
Les circonstances peuvent définir des solutions à suivre en cas de problème. Personnellement, je suis mal placé, du point de vue religieux, pour décider quelle solution prévoir pour quelle circonstance. En effet, il faut une solution déterminée pour une circonstance déterminée.
Indépendamment du principe, le PJD est flexible sur cette question de circonstance, pourvu que la décision émane d’une autorité habilitée à statuer».

Santé : Revaloriser l’hôpital public !
«À cause de la conjoncture de 1983 et du programme d’ajustement structurel, l’Etat s’est désengagé du secteur de la santé, ce qui a mené à la situation actuelle.
Les gens disposant de moyens recourent au privé, et ceux qui n’en disposent pas doivent faire la queue devant les hôpitaux. 
Aujourd’hui, le pays n’est plus dans la même conjoncture de 83; il est donc urgent de réhabiliter l’hôpital marocain dans un horizon de 10 à 15 ans, afin qu’il devienne au moins aussi compétitif que le secteur privé en terme de prestations. Si aujourd’hui il existe des exceptions, notamment à Rabat ou à Casablanca, il faut les généraliser à tout le territoire national».

 

 

PROPOS RECUEILLIS

 PAR Imane Bouhrara